LIEUX ET HORAIRES DES COURS :

Renseignements et contacts : 06 61 78 89 89 (Fabien) ou ici

Les racines du Qi gong sont millénaires et nombreuses.

Introduction

            Une traduction possible du terme Qi gong est le travail du Qi. On peut penser que le Qi a plusieurs formes comme l’énergie a plusieurs sortes de manifestations. L’intention du Qi gong est donc de travailler sur ces formes appelées aussi souffles, pour entretenir la vitalité, prévenir les maladies, restaurer la santé et finalement découvrir bien des aspects de nous-mêmes et de ce qui nous entoure, permettre de se connecter ou de se reconnecter à notre nature et finalement à la Nature dans le sens large.

            Ces pratiques sont le résultat de l’observation, de l’écoute et on pourrait dire de la conscience de l’appartenance à un tout indissociable. La faculté de l’être humain à conscientiser les choses lui a permis d’en arriver où nous en sommes aujourd’hui avec tous les aspects positifs et négatifs que cela comporte. Cela nous place à part dans le système du vivant sur terre de ce point de vue.

          Le Qi gong fait partie de la MTC et l’on peut penser, qu’au départ, il est le fruit d’expérimentations sur « comment se débarrasser » d’une maladie, d’une douleur, d’un symptôme ou autre gêne. De manière intuitive, nous ressentons bien parfois l’envie de s’étirer, de bailler, de soupirer, de tousser. L’avènement de pratiques a certainement découlé des sensations expérimentées de manière intuitive, puis avec réflexion. De la découverte de certains effets, de manière plus organisée, ont émergé les pratiques. En essayant certains mouvements, en écoutant, en ressentant, on a pu faire des liens qui ont abouti aux formes de Qi gong. Ces pratiques sont donc dans une certaine mesure une méthode pour palier à un ou des déséquilibre(s) constaté(s). Pratiquées en amont de tout symptôme, elles aident au maintien de l’équilibre de bonne santé et permettent de développer certaines capacités sensitives et autres. On les appelle aussi Yang Sheng Fa (méthodes pour nourrir la vie).

Sur quoi le Qi gong repose-il?   

            Dans la pensée chinoise, le corps possède une dimension énergétique soumise aux différents Qi, qu’ils soient internes ou externes. Voici un extrait d’une publication de J-M Eyssalet, médecin acupuncteur :

« Le souffle ou Qi est à la source des trois manifestations de Shen, d’où l’importance donnée dans la pratique à la continuité parfaite entre la pensée, la respiration et les mouvements. La mobilisation du souffle sous ces trois aspects a trouvé une formulation particulière dans le Nei jing : Dao Yin Xin Qi qui peut se traduire par conduire et activer les souffles. Cette expression, dont on retrouve des éléments dans Chuang Zi (Zhuang Zhi) ; Dao Qi Ling Qi He Yin Di Ling Qi Luo. En guidant l’énergie on la transmute en harmonie, en guidant le corps, on la transmute en souplesse, a donné son nom à la pratique respiratoire et mimétique : Dao Yin.

Dao signifie conduire, guider, Yin, étymologiquement : tirer à soi la corde d’un arc, en est un synonyme : attirer étendre, guider. Il s’agit d’étendre et de replier le corps énergétique en conduisant et en guidant l’énergie. Shen a donc trois voies d’expression totalement intriquées :

  • Yi Nian Dao Yin : conduire l’énergie par la pensée ;
  • Hu Xi Dao Yin : conduire l‘énergie avec la respiration ;
  • Shi Zi Dao Yin : conduire l’énergie par les mouvements.

On peut adjoindre à ces trois grands aspects :

  • Tu Yin Dao Yin : conduire l’énergie par l’expulsion sonore ;
  • An Mo Dao Yin : conduire l’énergie par le massage, qui est souvent associés, soit aux exercices respiratoires pour le premier, soit aux mouvements pour le second.

Je rajouterai à cela les phrases suivantes :

  • Tu Gu, Na Xin, rejeter l’ancien, accueillir le nouveau qui, au-delà d’une pratique de respiration taoïste, représente le mouvement d’échange qui enclenche les transformations et illustre bien certains effets recherchés dans la pratique.
  • XU QI XIN , SHI QI FU , RUO QI ZHI , QIANG QI GU

« Vider le cœur, remplir le ventre, affaiblir la volonté, fortifier les os »  Dao De Jing, qui illustre, elle, le processus développant la vitalité.

            On compare souvent le Qi gong à un sport, il est d’ailleurs rattaché en France aux pratiques sportives martiales. Pourtant ce n’est pas exact. Il y a certes une dimension physique par le mouvement ou la tenue plus ou moins longue de posture et les influences martiales, mais il y a des différences fondamentales qu’il faut saisir si l’on veut en tirer les effets escomptés.

            Dans la pratique, on cherche à diriger l’esprit vers l’intérieur, à développer la vertu, la conscience, à réguler la respiration et les mouvements du corps, à relâcher les tensions… Se tourner vers l’intérieur ne veut pas dire faire abstraction de notre environnement, au contraire, cela permet de mieux l’appréhender. On utilise l’esprit ou l’intention pour diriger le Qi et le Qi pour diriger le corps. Les mouvements du corps aident l’esprit, la conscience et le Qi. Le sport consomme l’énergie et engage beaucoup de processus de régénération, le Qi gong ralentit la dépense d’énergie et la thésaurise. En apprenant à capter l’énergie qui nous entoure et la manière de la générer en interne, de nombreux effets bénéfiques sont possibles. En régulant notre fonctionnement, il favorise les transformations et développe la vitalité.

            Pour comprendre comment cela est possible, intéressons-nous au vide qui nous entoure car ce « vide » est en réalité une source intarissable pour qui en prend conscience.

            Voici un commentaire de  l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan dans une interview extraite de Science et Avenir :

            Dans votre ouvrage, le dernier chapitre s’appelle : ” le Tao du vide “. De quoi s’agit-il ?

            Au contraire des Grecs et de l’Occident, les philosophies orientales ont toujours accueilli la notion de vide à bras ouverts, parce que le vide, pour elles, est la matrice de tout, la mère de tout, l’origine de tout. Ce n’est pas le vide dénué de tout, comme dans la pensée occidentale, mais un vide plein, rempli d’énergie. D’où le titre de mon ouvrage “La plénitude du vide”. Dans le taoïsme, c’est le vide qui est à l’origine de l’Univers. Ce qui rejoint la cosmologie moderne.

            Vous réconciliez taoïsme et physique ?

            Oui, mais je ne voudrais sûrement pas faire du concordisme ! Le taoïsme n’a pas besoin d’être démontré par la cosmologie moderne et la cosmologie moderne n’a nul besoin

du taoïsme pour être vraie. Pour moi, il s’agit de pensées cohérentes l’une avec l’autre et qui se complètent pour nous faire accéder au réel.

            Dans la mécanique quantique qui étudie et décrit les phénomènes fondamentaux à l’œuvre dans les systèmes physiques, la dualité onde-corpuscule nous montre que tous les objets physiques peuvent présenter parfois des propriétés d’ondes et parfois des propriétés de corpuscules. La manifestation de ces propriétés ne dépend pas seulement de l’objet étudié isolément, mais aussi de tout l’appareillage de mesure utilisé. Ce concept fait partie des fondements de la mécanique quantique. Le cas d’école est celui de la lumière, qui présente deux aspects complémentaires selon les conditions d’expérience : elle apparaît soit ondulatoire, d’où le concept de longueur d’onde, soit corpusculaire, d’où le concept de photons. L’énergie du vide est une énergie sous-jacente qui existe partout dans l’espace, à travers l’Univers. Une contribution possible à l’énergie du vide serait les particules virtuelles (photons), définies comme des couples de particules qui apparaissent puis s’annihilent tout de suite, dans un délai tellement bref qu’on ne peut pas les observer. Elles seraient ainsi présentes dans l’ensemble de l’Univers. (wikipédia)

« Chaque partie porte en elle la totalité, et de chaque partie dépend tout le reste » (Trinh Xuan Thuan).

            La pratique du Qi gong n’est pas quelque chose de folklorique mais bien au contraire, un art doté d’une grande conscience et d’une grande sagesse ! Ses influences sont nombreuses (taoïstes, bouddhistes, confucianistes, martiales…) et reposent sur le travail du Qi qui est une source féconde pour qui persévère dans son utilisation. L’utilisation du Qi n’est pas quelque chose de virtuel, cela est démontré, l’énergie existe partout autour de nous dans ce « vide » qui est en réalité plein de l’infiniment petit à l’infiniment grand.           

Quels sont les axes abordés dans la pratique ?

            Je souhaite ici proposer des pistes pour comprendre les mécanismes qui permettent d’entrer pleinement dans l’essence du Qi gong car, comme nous l’avons vu, ce n’est pas une simple gymnastique et certains détails sont importants. Pour que la pratique soit ou devienne agréable, il est conseillé d’y être attentif. L’équilibre est une succession de déséquilibres qui se compensent et le Qi gong en est la parfaite illustration. Voyons comment l’on peut l’aborder :

  • La posture/le corps: détendre et unifier le corps. Quand on commence à pratiquer, après quelque temps, nous allons vite comprendre que nous sommes face au miroir de nous-même et ce miroir va rapidement nous envoyer des messages. Nous pouvons certes les ignorer ou trouver des subterfuges, cependant nous ne pourrons pas aller bien loin sans honnêteté. Il veut donc mieux y prêter attention. Ces messages vont donc passer principalement par le corps et l’esprit et se manifester de manière positive (sentiment de bien-être, de détente, de relâchement, perceptions…) et de manière plus négative (gênes, douleurs, inconfort, désordres organiques, émotions négatives…). Par expérience et par le fait que l’un des principes du Qi gong est de demeurer statique dans des postures plus ou moins longtemps, des gênes et douleurs apparaissent indubitablement. Que nous enseignent-elles ? Cela est variable pour chacun, mais une chose est sûr, il faut veiller à une posture correcte que ce soit dans une pratique debout, assise ou allongée afin de favoriser la circulation du Qi et d’ainsi équilibrer le corps et l’esprit.

            En MTC, la douleur est synonyme de mauvaise circulation de l’énergie, la tension amène la stase (Qi ou Sang) et peu la provoquer. De ce fait, si on prend la posture Wuji par exemple (pose naturelle, pieds parallèles écartés de la largeur des épaules, bras décollés du corps, tête légèrement étirée vers le ciel, menton légèrement rentré), on veillera à avoir les pieds bien positionnés, la voûte plantaire ne doit pas être affaissée pour éviter des compensations qui peuvent remonter jusqu’aux cervicales. C’est pourquoi on conseille de planter les orteils dans le sol, ce qui provoque naturellement un appui légèrement sur l’extérieur qui va protéger la voûte plantaire ainsi que le reste du corps tout en permettant d’accentuer l’enracinement dans le sol et l’aspiration de l’énergie de la Terre par Yong Quan (1Rn). Le bassin est relâché, légèrement retro versé pour ouvrir Ming Men (4DM), les épaules sont détendues, le ventre est relâché et le sommet de la tête légèrement étirée vers le ciel, comme suspendu par un fil, le menton légèrement rentré. La recherche du pratiquant est d’arriver à maintenir une posture tout en ressentant le plus de détente possible et cela passe aussi par l’écoute et le respect des légères oscillations du corps.

            C’est un aspect paradoxal du Qi gong, et c’est en même temps cette recherche qui permet d’aboutir à toutes les transformations. Faire attention à notre posture est une porte qu’il faut franchir. En comprenant que pour que l’énergie circule correctement, il ne faut pas qu’elle soit entravée, le corps va petit à petit nous indiquer comment faire et nous guider si nous l’écoutons. Nous retrouvons l’aspect du regard intérieur qui est le moyen de permettre la communication corps-esprit. De ce fait, quelle que soit la position ou le mouvement que nous travaillons, il est recommandé de veiller à une posture correcte. Dans le mouvement nous allons chercher à transporter cet état de détente et relâchement pour mobiliser l’énergie dans le corps et en dehors.

            L’utilisation du mouvement permet de prendre conscience de l’importance du centre de gravité et de l’utilisation de l’énergie dans ce même mouvement. L’enracinement est une bonne image de l’intention recherchée : faire descendre le poids du corps en dessous du nombril et dans les membres inférieurs pour permettre d’alléger le haut du corps et faciliter, par exemple, le travail des membres supérieurs ou le relâchement de l’esprit. Cela permet aussi d’éviter un afflux trop important de l’énergie vers le haut du corps.

  • La respiration/le Qi: elle est vitale pour tout être vivant sur cette planète et représente notre première source d’énergie. C’est le Qi qui entre en nous à l’inspiration, et c’est aussi un formidable outil d’évacuation et de relâchement (gazeux, émotionnel) à l’expiration. Le plus souvent on travaille en inspirant et en expirant par le nez tout en gardant la langue en contact avec le palais pour favoriser la circulation entre le Du Mai et le Ren Mai.

         Il existe bien d’autres pratiques de respiration spécifiques (par la bouche, émissions de sons), mais la majeure partie du temps, c’est la respiration utilisée.

Physiologiquement, les muscles principalement engagés dans le processus respiratoire sont les muscles scalènes (situés derrière le SCOM), le diaphragme et le périnée, les muscles abdominaux, les muscles intercostaux.

On dit du Poumon qu’il est le maître de l’énergie et qu’il reçoit les 100 vaisseaux. En voici une explication concrète : le corps est régi par deux grands systèmes nerveux, le système somatique (actes volontaires) et le système autonome (régulation automatique, végétative). Le cœur participe activement au système nerveux autonome dont il occupe une fonction essentielle permettant l’adaptation aux changements environnementaux. La variabilité cardiaque désigne la variabilité de la fréquence cardiaque (le pouls) ou la capacité du cœur à accélérer et à ralentir. L’importance de celle-ci se mesure à son amplitude. Plus l’amplitude est élevée et plus l’état d’équilibre de la santé est important.

Le système nerveux autonome est partagé en deux sous-systèmes : le sympathique et le parasympathique.

            Le sympathique déclenche toutes les actions nécessaires à la fuite ou au combat mais aussi l’accélération de la fréquence cardiaque et respiratoire ainsi que la dilatation des pupilles ou l’inhibition de la digestion.

            Le parasympathique favorise quant à lui la récupération, la relaxation, le repos, la réparation…

            On dit que la santé est l’équilibre entre le sympathique et le parasympathique. Or, l’inspiration stimule le sympathique lorsque l’expiration stimule le parasympathique.

La respiration étant contrôlée par le système nerveux autonome et par le système nerveux somatique, il est donc possible de contrôler le système nerveux autonome par cette voie. Voici une explication disons scientifique ressentie depuis bien longtemps par nos amis orientaux. La respiration possède une forte influence sur la détente du corps et son relâchement ainsi que sur l’apaisement de l’esprit. Au plus on va calmer, fluidifier, allonger notre respiration, au plus ces états de détente et de calme vont prendre place et nous équilibrer. De plus, à travers l’axe Poumon/Rein et au rôle du triple Réchauffeur notamment, il est possible de réguler le système énergétique tout entier et de faire abonder le stockage de l’énergie dans le Dan Tian inférieur, nous y reviendrons plus tard.

  • Le Cœur/le Shen : on parle souvent de réguler le Cœur dans la pratique du Qi gong. Cette fonction peut être reliée au rythme cardiaque qui, couplé à la respiration, va avoir tendance à s’apaiser. Mais en parlant du Cœur, on parle surtout d’une régulation de l’émotionnel et des esprits (rappelons-nous qu’en MTC il existe plusieurs esprits en lien avec chaque organe). Tout comme le corps, l’esprit a besoin d’être détendu pour permettre à l’énergie de circuler. Cela demande de l’entraînement, de la patience et de la persévérance, d’autant plus que nos modes de vie ont tendance à sur-stimuler notre activité mentale. Dompter l’esprit n’est donc pas la tâche la plus facile surtout quand notre ego y fait irruption.

            Depuis notre naissance et même avant, nous traversons diverses épreuves qui sont stockées en nous de manière consciente ou non. Cet ensemble est comparable à un mille-feuille qui contribue à faire de nous ce que nous sommes. Or, dans la pratique, il n’est pas rare, que plus nous entrons profondément en nous-même, plus nous nous relâchons et plus certaines de ces couches négatives remontent à la surface pour être évacuées. Cela n’est pas toujours agréable, mais si nous persévérons dans la pratique sans bloquer ces processus, cela peut devenir au combien bénéfique, nous permettant d’accéder au bonheur de la libération. Pour se libérer, il faut se connaître soi-même et accepter le lâcher-prise.

            Dans le bouddhisme, on considère que c’est dans l’illusion que crée l’esprit que les problèmes existent, nous sommes responsables de nos problèmes tout comme nous sommes responsables de notre éveil. L’ego naît de l’ignorance et la colère de l’attachement. L’ego existe par ce que l’on croit être en tant que personne, une individualité seule, indépendante, qui a le contrôle de ses actes. Or, nous existons parce que l’ensemble existe ! Nous sommes interdépendants de tout ce qui est. L’attachement naît de nos interprétations et la colère est la réponse à ce qui finalement est contraire à nos interprétations, ce qui nous cause problème. Mais en définitive, c’est l’illusion créé par notre esprit qui voit les problèmes à l’extérieur alors que finalement c’est à l’intérieur, en nous, que ce trouve la solution.

Qi gong et méditation ne sont en définitive qu’une même pratique sur le plan de la manière d’aborder notre esprit et l’émotionnel qui nous accompagne.

            Voici un poème souvent récité par les pratiquants du Zhi Neng Qi gong de Pang He Ming qui donne une idée de l’état de Qi gong :

Atteindre le ciel,
S’enraciner dans la terre.
Le corps détendu,
L’esprit calme.
Silencieux à l’extérieur,
Sérénité à l’intérieur.
cœur paisible,
Humble d’apparence.
Libre de pensée
Mon esprit s’envole dans l’azur,
Et revient se poser sur moi.
Agréable sensation de bien-être.

Il est important de comprendre que cette pratique est globale, c’est-à-dire que nous évoluons dans l’apprentissage et les transformations en influant sur la posture (et le mouvement), le souffle et l’esprit. Si le moteur de départ est le Yi 意 en tant qu’intention, conscient de ces aspects, c’est en expérimentant pas à pas que l’ensemble va prendre du sens. Faire pour faire n’a que peu d’effets et sera lassant à court terme. Expérimenter, découvrir et approfondir grâce à un apprentissage bien orienté, souple et à l’écoute portera ses fruits. Le corps, le souffle et le Cœur ont besoin les uns des autres pour s’équilibrer et ainsi nous permettre de retourner à notre nature.

            Le Sūtra du Cœur, texte central du bouddhisme mahāyāna (du grand véhicule), est probablement le texte bouddhique le plus connu et l’un des plus importants ; il est fréquemment récité par des moines et des bouddhistes laïcs. Il est appelé « Sūtra du Cœur » car il contient le cœur de l’enseignement de la Prajnaparamita (Cœur de la sagesse). En voici la traduction :

            Avalokita (représente la conscience éveillée), le Saint Seigneur et Bodhisattva, se mouvait dans le cours profond de la Sagesse qui est allée au-delà. De là-haut, il regarda en bas ; il ne vit que cinq amas et il vit que dans leur être-propre ils étaient vides.

            Ici, Ô Sariputra (premier disciple de Bouddha), la forme est vacuité et la vacuité elle-même est forme ; la vacuité ne diffère pas de la forme, la forme ne diffère pas de la vacuité ; tout ce qui est forme est vacuité, tout ce qui est vacuité est forme ; il en est de même des sensations, des perceptions, des volitions (acte par lequel la volonté se détermine à quelque chose, action) et de la conscience.

             Ici, Ô Sariputra, tous les dharmas sont marqués par la vacuité ; ils ne sont pas produits ni arrêtés, pas souillés ni immaculés, pas déficients ni complets.

            Donc, Ô Sariputra, dans la vacuité il n’y a pas de forme, pas de sensation, pas de perception, pas de volition, pas de conscience ; pas d’œil, d’oreille, de nez, de langue, de corps, d’esprit ; pas de formes, de sons, d’odeurs, de saveurs, de touchers et d’objets de l’esprit ; pas d’élément de l’organe de la vue, et ainsi de suite jusqu’à ce que l’on arrive à : pas d’élément de la conscience de l’esprit.

             Il n’y a pas d’ignorance, pas d’extinction de l’ignorance, et ainsi de suite jusqu’à ce que l’on arrive à : il n’y a pas de vieillissement et de mort, pas d’extinction du vieillissement et de la mort. Il n’y a pas de souffrance, pas d’origine, pas de cessation, pas de chemin. Il n’y a pas de connaissance, pas d’accomplissement, et pas de non-accomplissement.

            Donc, Ô Sariputra, c’est à cause de son indifférence à toute sorte d’accomplissement personnel, et en prenant appui sur la Perfection de la Sagesse, qu’un Bodhisattva (Bouddha non réalisé) demeure sans couverture de la pensée. En l’absence de couverture de la pensée il ne tremble pas, il a dépassé ce qui peut troubler, et il finit par atteindre le Nirvana.

             Tous ceux qui apparaissent comme Bouddhas dans les trois périodes du temps, s’éveillent complètement au suprême, juste et parfait éveil, car ils ont pris appui sur la perfection de la sagesse.

            On devrait donc savoir que la Prajñaparamita est la grande formule, la formule de la grande connaissance, la formule suprême, la formule inégalée, apaisant toute souffrance, en vérité – car qu’est-ce qui pourrait mal aller ? Cette formule a été délivrée par la Prajñaparamita. Elle s’expose ainsi : Allé, allé, allé au-delà, allé complètement au-delà. Ô, quel éveil, acclamons-le tous ! – ceci termine le Cœur de la sagesse parfaite.

Retourner à sa nature, que cela signifie-il ?

            Une clef nous est donnée dans Dao De Jing :

            « Ce qui a tendance à se contracter doit nécessairement par nature être étendu. Ce qui a tendance à s’affaiblir doit nécessairement par nature être fort. Ce qui a tendance à être rejeté doit nécessairement par nature être soutenu.  Ce qui a tendance à être dépouillé de tout doit nécessairement par nature être comblé de dons. C’est ce qu’on appelle la compréhension subtile. »

            Retourner à sa nature peut être interprété comme commencer par apprendre à se connaître. Pour se connaître, il faut se regarder à l’intérieur en contemplation. Dans le même temps, il faut regarder par quoi nous existons (Le Dao ou la nature issue de l’univers).

            « Le Dao est un vide (d’où sort un courant pressant), et à l’usage ce vide ne se remplit nulle part. Oh ce tourbillon profond (Yuan) semble être l’ancêtre des dix milles êtres. Il brise leurs pointes, dissout leurs nœuds, accorde leurs lumières, réunit leurs poussières. Qu’il est profond, intense. Il semble partout et éternellement. »

            Il nous faut comprendre ses lois qui forcément s’appliquent à nous-même car nous en sommes issus.

            « Ce qui est souple et malléable, triomphe de ce qui est ferme et rigide. Ce qui est faible triomphe de ce qui est fort. Le poisson ne peut pas être ôté de l’eau profonde. (Yuan le tourbillon profond). »

            On ne peut se soustraire aux lois de l’univers. Comme le poisson ne peut vivre hors de l’eau, nous ne pouvons vivre contre-nature et si c’est le cas, et hélas cela le devient de plus en plus, notre durée de vie s’en trouve amoindrie.

            « Les armes tranchantes de l’Etat ne doivent pas être montrées au peuple. »

            Lutter ne mène à rien dans la réussite d’une action. C’est contre nature. Comprendre la nature des choses, c’est comprendre comment agir. Agir dans le non-agir (Wu wei)

         L’influence du Taoïsme

            Comme je l’ai dit précédemment les influences du Qi gong sont multiples et ont toutes une importance, cependant il semblerait que le taoïsme a exploré et découvert  à travers l’alchimie de nombreuses choses que je propose de regarder plus en détail :

  • Les Dan tian : issus des pratiques taoïstes, ils se traduisent par champs du cinabre ou champs de l’élixir. Ils représentent les trois lieux de transformation de l’énergie que l’on peut lier au San Bao (3 trésors).

Ces pratiques viennent de la volonté des taoïstes d’être en harmonie avec la nature (Dao) dans le but de pouvoir accéder à son potentiel de vie maximal, voir par extension à l’immortalité.

Dans ses pratiques deux formes ont émergé :

  • Wei Dan (cinabre externe) qui consiste en la prise de potions à base de minéraux et qui ont abouti à des accidents.

En effet, sous la dynastie de Han (206-220 av JC), plusieurs seigneurs seraient morts suite à la prise de pilules dites « d’immortalité ou de longue vie » fabriquées par des alchimistes taoïstes à partir du cinabre (sulfure de mercure). Le roi de Qin, Qin Shi Huang prédécesseur des Han et initiateur de la grande muraille de Chine, obsédé par l’immortalité serait mort de la prise de pilules de cinabre censées lui apporter l’immortalité.

  • La seconde pratique appelée Nei Dan (cinabre interne) ou Nei Gong (travail interne) consiste à stimuler les transformations entre Jing, Qi et Shen, ce que l’on retrouve dans les trois régulations (corps, souffles, cœur) déjà évoquées plus haut. Celle-ci domine à partir des dynasties Jin et Song (265- 1265 ap. JC) avec l’apparition de Quan Zhen, l’un des plus importants courants du taoïsme jusqu’à nos jours, puis le regroupement a posteriori d’alchimistes indépendants dans une École du Sud, Jin dan pai nan zong (金丹派南宗) ou Quan zhen nan zong (全真南宗). L’opération alchimique de fabrication de l’élixir de longue vie est désormais réalisée entièrement dans le corps du pratiquant grâce à des gymnastiques, régimes et méditations mettant en jeu les trois composantes de l’humain : l’esprit shen (神), l’essence jing (精) et le souffle Qi (氣). Rompant avec la tradition individualiste des alchimistes, ces écoles obtiennent le soutien des autorités en soutenant le syncrétisme entre les trois enseignements (Taoïsme, Confucianisme, Bouddhisme) et en proposant, outre l’ascèse individuelle, une gamme de services comprenant des rituels destinés à la cour et des enseignements moraux.

             Les auteurs principaux de l’époque sont les alchimistes du Sud Shi Tai (石泰) (Huan yuan pian 還源篇), Xue Shi (薛式) (Fu ming pian 覆命篇), Chen Nan (陳楠) ou Bai Yu chan (白玉蟾) (auteurs possibles du Cui xu pian 翠虛篇), Chen Zhi xu (陳致虛), Zhang Bo duan (Wu zhen pian 悟真篇 et Jin dan si bai zi 金丹四百字) ainsi que Wang Chong yang, fondateur de Quan zhen.

            L’un des derniers « alchimistes » influents est Liu Yi Ming (劉一明) (1734-1821), auteur du Wu zhen zhi zhi, pour qui l’élixir d’or est la nature primordiale ou graine d’immortalité spirituelle présente en chacun, semblable à la nature de bouddha du mahayana. Influencé par le bouddhisme, il considère que la « vertu supérieure » (shang de 上德) est la capacité de réaliser immédiatement la « vérité céleste » (tian zhen 天真) et que la réalisation du dao grâce à l’alchimie interne est une « vertu inférieure » (xiade 下德) qui peut néanmoins être une étape préliminaire à l’atteinte de la vérité céleste.

Revenons sur les trois Dan Tian :

  • Le Dan Tian inférieur : Xia Dan Tian下丹

Ce centre qui se trouve dans le bas de notre abdomen a également la particularité de correspondre au centre de gravité de notre corps. Il désigne la Terre. Il est associé aux fonctions d’élimination. Le Dan Tian inférieur correspond en théorie au point de la « mer d’énergie » ou « océan du souffle » ou « l’étang fleuri » (6RM, QI HAI争保). Il est considéré à la fois comme « la source de l’énergie et l’endroit où elle s’accumule ».

            Le champ de cinabre inférieur est la racine et le fondement de la vie humaine, il est considéré comme le centre vital et la racine de l’être. C’est aussi la source de l’énergie sexuelle, le lieu où l’essence et l’esprit se cachent, l’origine des cinq souffles.  On l’appelle « palais de l’enfant rouge » ou encore « la porte du Yin et du Yang ». Les hommes y cachent leur semence et les femmes le fœtus.

Entre les reins et l’anus, le bas-ventre constitue un chaudron, tandis que le fourneau correspond au périnée, où se rencontrent les méridiens Ren Mai, Du Mai et Chong Mai. 

            Dans la pratique en concentrant l’énergie dans le bas-ventre, les Taoïstes cherchent à créer la transformation du cinabre. Le cinabre devient matière et la pensée crée le feu qui va transformer le cinabre en mercure. La pensée est créatrice et puissante, ainsi le feu est créé à l’intérieur de l’être. L’accumulation du Jing a lieu dans cette zone. Cette opération s’appelle « cueillir les herbes pour préparer l’élixir ». Le Dan Tian signifie en chinois le champ où l’on cultive l’élixir (Dan=élixir, Tian=champ).

À la naissance, la destinée de l’individu (connue à travers le point Ming Men) est intégrée dans l’énergie du Rein et enracinée dans le Dan Tian inférieur. On lui associe le phénix (oiseau de cinabre), symbole d’immortalité.

  • Le Dan Tian médian : Zhong Dan Tian中丹田

«Palais écarlate», ou «temple cramoisi», il correspond au point d’acupuncture Shan zhong (17RM), et stocke le Zhong Qi. Il est situé au niveau de la poitrine, au croisement de la ligne des seins et de l’axe central. C’est là que se purifie l’énergie montant du champ de cinabre inférieur pour favoriser l’assimilation par la rate-estomac des aliments et de l’air, l’extraction des éléments purs qui  favoriseront la circulation sanguine par le cœur, l’aorte et le système vasculaire, celle de l’air par le poumon, celui du Qi par les méridiens. Ce champ est symbolisé par la grue, animal représentant la longévité. Il correspond à l’Homme.

C’est le champ de cinabre le plus important, C’est le centre du centre. C’est le lieu où le feu et l’eau, de même que tous les opposés, manifestent leur unité fondamentale. L’essence (jing) est sublimée au niveau du Dan Tian inférieur, mais se transforme en souffle au Dan Tian moyen.

            Il règle l’énergie du Cœur, du Poumon et de l’Esprit. Il agit sur le système nerveux central par l’intermédiaire des méridiens qui longent la colonne. Celle-ci est une sorte de pont qui transmet l’énergie du haut vers le bas et  réciproquement. Le souffle est  ensuite sublimé au niveau du Dan Tian moyen pour se transformer en énergie spirituelle (shen).

            Le Qi originel, le Yuan Qi traverse le triple réchauffeur par ses trois foyers pour le distribuer dans tout le corps.  Le Qi gong peut se voir comme une méthode pour réveiller l’essence et générer les transformations du Qi dans tout le corps. Le Qi peut alors être propulsé dans les vaisseaux puis les méridiens. Lorsque le Qi est mis en circulation dans le Ren mai et le Du mai, il fructifie automatiquement et pourra alors servir à nourrir le Shen (esprit).

            À la naissance, dans la Chine ancienne, la nature originelle de l’individu (connue sous le nom de De, ou vertu) était contenue à l’intérieur du Wu Jing Shen prénatal des cinq organes Yin et régie par le Yuan Shen  (esprit originel) du Cœur (enraciné dans le Dan Tian moyen).

  • Le Dan Tian supérieur : Shang Dan Tian上丹田

ou « étang du lotus supérieur » ou « palais de NIWAN佋ゟ», terme dérivé du mot sanskrit Nirvana. En chinois 泥丸 signifie  (bille de boue).

« Vous qui aspirez à l’immortalité, cultivez le mont chaos (la tête) : nourrissez la bille de boue qui est dans le cerveau et vous vivrez à jamais », Classique interne de l’empereur  jaune.

Il se trouve au centre du cerveau, qui est aussi la Mer des Moelles et correspondrait à l’épiphyse aussi appelée glande pinéale. (Bien que l’on pourrait penser aussi à l’hypothalamus qui contrôle l’hypophyse et donc bien des réactions chimiques et hormonales de notre corps). Cette  région s’appelle Tian Mu, l’œil céleste.

C’est là que s’achève la transmutation énergétique de l’énergie montant du champ de cinabre moyen. Le Shen donne des ordres, il guide l’intention, il maîtrise la circulation de l’énergie, tout en se mettant en état d’attention.

Il est le siège de l’esprit et de l’énergie spirituelle. Il correspond au Ciel.

Ce champ supérieur est le siège des neuf palais ou cases dont trois sont essentielles dans le processus de transformation de la lumière ignée en lumière liquide : le champ de cinabre du haut, la chambre grotte et la salle des lumières. Il est en relation avec les énergies célestes yang. Son animal symbolique est la tortue. Ce Dan Tian développe sagesse et intelligence du corps et de l’esprit. Il est associé aux fonctions circulatoire et respiratoire.

            Depuis le Dan Tian moyen, le Qi s’élève le long de la colonne vertébrale jusqu’au Dan Tian supérieur, dans la tête, où il opère alors un éveil de la conscience ordinaire (Shi Shen) apparue à la naissance qui devient la conscience spirituelle (Yuan Shen) qui est antérieure à la naissance et permet à l’homme de communiquer avec la force de l’univers (Lien Qi Hua Shen), c’est-à-dire le conduire à agir selon les lois intrinsèques d’équilibre de l’univers que le taoïsme nomme Dao (道).

Cette seconde étape de transformation marque le début de la maîtrise, le début de l’éveil de la conscience à une réalité plus vaste. Elle donne naissance à un «embryon». Si le Jing de la reproduction et le Shen de la vie retournent à l’état qui était le leur dans le fœtus, alors l’organisme affaibli doit retrouver une nouvelle jeunesse.

Le Dan Tian supérieur, agissant comme axe spirituel, facilite l’éveil de la conscience énergétique et spirituelle, ainsi que des perceptions intérieures divines nécessaires pour guider le chemin spirituel de l’individu, son objectif de vie

            Vient ensuite l’étape suprême : Transformer la conscience en vacuité (XU)

C’est une étape spirituelle qui correspond à l’absence de pensées conceptuelles et à l’éveil au sein du “vide parfait” ou vacuité, qui permet de retourner au Dao.  L’étape de transformation ultime a lieu dans le cinabre supérieur et débouche sur la contemplation qui mène à l’harmonie.

            On appelle cette étape Lian Shen Liao Xing, “raffiner le Shen et se libérer de la nature (émotionnelle) humaine”.

            L’énergie spirituelle (Shen) est sublimée au niveau du Dan Tian supérieur et retourne à la vacuité (Xu) ou au Wu Ji, état indifférencié de l’énergie. C’est l’étape ultime de la transformation et de la maîtrise de l’énergie. La sublimation du Shen débouche sur un état mystique, qui mène à la fusion dans la vacuité originelle, à la libération et l’atteinte de l’immortalité. C’est l’identification avec le Dao, étape mystérieuse, où intuitivement nous devrions atteindre la clarté spirituelle, la fusion avec le Tai Ji, le Grand Un. Par cette dernière étape, l’homme absorbe l’esprit pour retourner au vide (Lien Shen Fu Hsu). L’embryon est entretenu par des moyens spirituels pour être intégré à la vacuité.

            Ce vide, c’est le non-être, l’état primaire de l’esprit non différencié (avant la naissance), l’état de dissolution du Moi dans la force cosmique. Cette étape n’est pas la mort ou la disparition, elle est maîtrisée et effectuée en toute conscience. Le sage ne fait plus qu’un avec l’Univers. Sa puissance et son potentiel sont aussi illimités que le sont ceux de l’Univers. Tel est le but ultime de la pratique du Qi Gong, qui après avoir apporté la santé et l’équilibre, permet de développer la conscience et le potentiel pour enfin atteindre la maîtrise totale de l’énergie.

            Selon les nombreuses lignées taoïstes, le processus pouvait permettre au « Dao Shi », sur les trois premières étapes, de trouver la «longue vie» et d’accorder son existence avec le «monde céleste». La dernière étape marque le retour au UN, puis le renversement vers le non-manifesté, inconcevable pour qui vit en société. C’est le dernier degré de la contemplation : après avoir réalisé la présence du Dao en lui, l’Adepte s’aperçoit qu’il n’est pas différent du Dao, mais qu’il est Un avec le Dao, qu’il est le Dao même. C’est l’état d’Union. L’Union demande l’effort de la vie entière. Il faut «vider le cœur» définitivement, se délivrer des passions, chasser toute influence mondaine, pour pénétrer jusqu’au tréfonds de soi et de toute chose, jusqu’au Dao, principe unique de la Réalité. C’est la voie mystique tout entière qu’il faut parcourir, depuis le premier éveil jusqu’à l’Union. Les étapes de la transmutation s’appuient sur la maîtrise de la respiration ajoutée à la prise de conscience du Qi, qui circule dans les méridiens à l’intérieur du corps.

Le Nei jing tu représente une vue latérale du corps. La tête est le mont Kunlun et la moelle épinière est un cours d’eau sinueux qui en sort. L’étoile polaire et la louche du Nord (bei dou) représentent le cœur et le bœuf labourant et plantant l’élixir de vie représente les intestins. Le texte d’accompagnement contient les noms des dieux des cinq viscères (wu zang) et de la vésicule biliaire selon le jing Huang ting (Écriture de la cour jaune) et le symbolisme du Nei dan. La carte a été gravée en 1886 sur une stèle du Bai yun guan (Abbaye des Nuages Blancs) de Pékin sur l’initiative de Liu Cheng yin 劉誠印 (ou Liu Su yun 劉素雲), d’après un vieux rouleau de soie retrouvé sur le Mont Song (Song shan, Henan).  Un parchemin coloré, conservé au Musée d’histoire de la médecine traditionnelle chinoise de Pékin, a été peint au Palais des souhaits exaucés (Ru yi guan 如意館) du Palais impérial pendant la période Qing. (Catherine Despeux, 2008)

Voici une traduction des principales inscriptions :

            Je cultive correctement et attentivement mon propre champ. À l’intérieur, il y a des germes de fœtus immortels qui vivent pendant dix mille ans. Les fleurs ressemblent à l’or jaune, leur couleur n’est pas rare. Les graines sont comme du grain de jade, leurs fruits sont parfaitement ronds. La culture dépend entièrement de la terre du Palais Central. L’irrigation dépend nécessairement de la source dans la Haute Vallée.

            La pratique s’achève soudainement et j’atteins le grand Tao. Errer insouciant sur la terre et l’eau comme un immortel de P’eng-lai (île paradisiaque). Le bœuf de fer laboure le champ où sont semées les pièces d’or. Gravant la pierre, le jeune homme tient une corde d’argent. Un seul grain de mil contient le monde entier. Les montagnes et les ruisseaux sont décoctés dans un chaudron demi-sheng. Les sourcils du Laozi à tête blanche sont suspendus à la terre. Et le moine étranger aux yeux bleus (Bodhidharma) soutient le ciel.

            Orientez-vous vers le mystérieux et il est réalisé. En dehors de ce mystère, il n’y a pas d’autre mystère. De façon répétée, constante, [le tapis roulant du yin yang] est pédalé en cycles. (Une version colorée du Nei Jing Tu, conservée à l’origine sous la dynastie des Qing  (1644-1911), donne une variante pour la première ligne de ce poème. “La porte de toutes les merveilles, où la chercher ?” (Chung-miao chih men, ho ch’u ch’iu? 衆妙之門何處求). Lorsque le mécanisme tourne, l’eau s’écoule vers l’est. L’eau, profonde de dix mille brasses, est vue directement au fond. Une douce source jaillit, s’élevant jusqu’au sommet des montagnes du Sud.

            Orientez-vous vers le mystérieux et il est réalisé -此玄玄外更無糸 En dehors de ce mystère il n’y a pas d’autre mystère.

            Une autre partie concernant les organes dit ceci :

  • Esprit du cœur, appelé élixir d’origine élixir (tan-yüan 丹元), dit : gardant le numen (shou-ling 守靈)
  • Esprit des reins, appelé obscurité mystérieuse (hsüan-ming 玄冥), dit : nourrissant l’enfant (yü-ying 育嬰)
  • Esprit de la rate, appelé continuellement existant (ch’ang-tsai 常在), dit : pavillon tzuhun (hun-t’ing 魂亭)
  •   Esprit de la vésicule biliaire, appelé gloire du dragon (poumon-yao 龍曜), dit : illumination majestueuse (wei-ming 威明)
  • Esprit des poumons, appelé splendeur brillante (hua-hao 華皓), dit : vide complet (hsü-ch’eng 虚成)
  • Esprit du foie, appelé brouillard de dragon (poumon-yen龍烟), dit : contenant l’illumination (han-ming 含明)

Et voici une dernière partie nous donnant la raison de sa transmission :

此圖向無傳  Ce diagramme n’a jamais été transmis auparavant.

本縁丹道廣大精微鈍根人無從領取 La raison fondamentale en est que la Voie de l’Elixir est vaste et subtile, et il y a des gens obtus qui n’ont pas la capacité de la saisir.

是以罕傳於世 Par conséquent, il a rarement été transmis dans le monde.

子偶於高松山齋中檢觀書畫 J’ai pu observer le diagramme parmi les livres et les peintures de l’étude (chai齋) de Kao Sung-shan.

 高松山.此圖適懸壁上 Par hasard, il était accroché à un mur.

繪法工細 L’habileté utilisée dans sa technique de peinture est finement exécutée.

筋節脈絡註解分明一一悉藏竅要 Les annotations des articulations et des articulations (menton-chieh筋節), des méridiens et des vaisseaux (mai-lo脈絡) sont clairement distinctes, et chacune contient des cavités spécifiques (ch’iao竅).

展玩良久覺有會心 J’ai examiné le diagramme pendant longtemps et j’ai réalisé que ma compréhension augmentait.

始悟一身之呼吸吐納即天地之盈虚消息 J’ai commencé à réaliser que l’expiration et l’inspiration (hu-hsi呼吸) ainsi que l’expulsion et l’ingestion (tu-na吐納) du corps humain sont le flux et le reflux de l’univers.

苟能神而明之金丹大道思過半矣 Si vous pouvez deviner et obtenir la perspicacité dans ceci, vous aurez progressé de plus de la moitié du chemin sur votre enquête concernant la grande voie de l’Elixir d’or (menton-tan ta-tao金丹大道).

誠不敢私為獨得 En vérité, je n’ai pas osé garder cela pour moi seul.

爰急付梓以廣流傳 Par conséquent, je l’ai fait graver sur un bloc d’impression pour qu’il puisse être largement diffusé.

Quelle pratique choisir ?

            Dans la pratique du Qi gong,  une source d’inspiration pourrait être les influences confucéenne autour de la rectitude, de l’étude et de la ritualisation de la pratique à travers une discipline stricte et morale visant le maintien d’une bonne santé et l’harmonie en société. Une autre peut venir des Taoïstes qui laissent place à la nature de l’homme orientée vers la recherche du geste authentique et spontané en lien avec le Tao. Une autre encore pourrait se tourner vers l’école bouddhiste qui vise à la libération de l’esprit et la recherche de l’éveil à travers la méditation, l’utilisation du corps étant plus un moyen qu’une finalité. Dans l’autre sens, le Qi gong martial ou le Tai chi Quan, quant à eux vont développer le corps et l’esprit dans l’optique de la résistance ou l’apprentissage de techniques en vue du combat et pas forcément de la santé même si  l’état chinois fait la promotion de celui-ci comme forme d’entretien de la santé.

         Il existe donc une grande variété de méthodes, d’exercices, de courants…

            « Le Bouddha en personne a dit : la foi importe peu, ne croyez pas ce que je dis pour la simple raison que je l’ai dit. J’ai enseigné une grande diversité de méthodes à cause de la grande diversité des individus. Avant de vous engager, servez-vous de votre sagesse pour vérifier si elles conviennent à votre profil psychologique, à votre esprit. S’il vous apparaît que mes méthodes sont sensées et vous conviennent, n’hésitez pas à les adopter. Mais si vous n’êtes pas touché par elles, même si elles vous semblent magnifiques, laissez-les. C’est qu’elles ont été enseignées pour quelqu’un d’autre. » Lama Yeshé, Quand le chocolat vient à manquer.

            Je pense que cela résume bien la question, c’est à nous-même de décider avec notre cœur de ce qui nous convient. Il existe une grande variété de styles où d’enseignants qui peuvent permettre à chacun de trouver ce qui lui convient. Rappelons-nous aussi que tout est mouvement et que de ce fait, ce qui ne nous convient pas à un moment donné peut très bien nous convenir plus tard.

            Ce qui est certain, c’est que tous ces courants qui finalement se nourrissent les uns des autres, se sont influencés mutuellement. Ils travaillent sur les plans physiques, organiques, émotionnels et spirituels. Ils sont en profond accord avec la nature car issus de celle-ci, et permettent à quiconque de pouvoir à travers la pratique, de nouveau de reconnecter à sa propre nature et par-delà à la nature profonde des choses. Cette connexion peut devenir source d’équilibre, cela demande simplement de pratiquer avec assiduité et plaisir.